Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de faire quelque chose que vous pensiez impossible quand vous étiez enfant ?
Hier, 45 élèves de 6 à 7 ans ont réalisé des cloches à vent. Toutes différentes. Toutes uniques. Alors que ça leur semblait impossible (« mais nous, on ne sait pas faire ! »).
Celles et ceux qui m’ont connue écolière auraient sûrement du mal à le croire. Moi qui passais en dernier devant la classe pour réciter la poésie, qui préférais ne pas lever la main alors que j’avais la réponse, qui aurais rêvé être transparente et me faire oublier.
Hier, j’ai eu ce flash back alors que j’étais devant toute une classe, à l’aise, à donner des instructions, motiver, demander le silence ou au contraire demander des réponses et des regards ! Et aimer ça.
Parfois, je trouve que ce « seule en scène » est assez loin de ma personnalité, comme un rôle que je joue pour servir ce que j’aime (oui plus que la solitude et le silence) : rassembler les gens autour des bienfaits de créativité, leur transmettre les techniques de la poterie et les encourager à s’en servir d’excuse pour s’exprimer et explorer. Leur donner l’expérience du possible.
Ma première animation poterie en école, c’était il y a 3 ans, aux tous débuts de l’atelier (lire l’article). Je me souviens du gros coup de foudre, d’avoir eu la confirmation que j’étais à ma place dans cette transmission, mais aussi d’avoir été épuisée physiquement, d’avoir passé la séance à répéter, parler fort pour couvrir les papotages, à valider chaque étape pour chaque enfant. D’avoir préparé les séances au millimètre près pour éviter tout imprévu, toute impro, tout signe que je ne maîtrisais pas la situation.
Ce qui me manquait à l’époque, c’était (oui, la confiance, mais aussi) de savoir animer. Je n’ai pas de formation dans ce domaine, j’ai appris toute seule. C’est devenu un métier caché derrière mon métier, à découvrir et à muscler. Depuis 3 ans, des centaines d’élèves ont défilé à l’atelier pour apprendre la poterie. Des élèves de tous les âges, tous les niveaux, toutes les personnalités. J’ai appris mes limites, à détecter les leurs, à aimer leurs individualités. J’ai appris à me faire confiance, à me laisser surprendre.
Animer un grand groupe, c’est le niveau au dessus pour moi, il y a la notion de masse à prendre en compte. Surtout un groupe qui se connaît, qui fonctionne ensemble depuis des mois, dans ses lieux.
Hier j’ai eu deux classes très différentes : l’une réglée comme un coucou, avec des règles bien en place, calme et zen. L’autre classe plus vivante, plus hétéroclite, et tout aussi charmante.
J’avais prévu quelques « outils » pour l’animation :
- Avoir une note avec les grandes étapes et le matériel de la réalisation de la cloche
- Commencer avec un temps d’introduction et d’échange pour faire connaissance
- Enoncer les quelques règles : ne pas courir, lever la main, attendre ou proposer son aide si on finit avant les autres, choisir des chef.fes de table responsables à tour de role d’aller chercher le matériel.
- Utiliser des méthodes sympas pour attirer l’attention
- Prendre le temps de me déplacer dans toute la classe pour des moments en tête à tête pour capter les individualités, les besoins spécifiques, parler aussi aux enfants qui ne parlent pas devant le groupe.
Ce que j’ai appris hier, c’est qu’une caisse à outils bien remplie, c’est bien, mais que je ne suis pas obligée de sortir tous les outils dès le départ en mode buffet à volonté.
Un exemple : j’ai l’application Bouncy Balls sur mon téléphone (testez, c’est gratuit). Quand je l’active, je pose mon téléphone face aux élèves. Sur l’écran, les boules (ou smileys, yeux globuleux, bulles…) sautent plus ou moins haut en fonction du niveau sonore de la pièce. Trop drôle et très visuel pour les enfants. Je rêve de l’utiliser pendant les repas de famille 😅.
Dans la première classe calme, j’ai montré l’application dès le début, quand j’ai donné les règles de la poterie. Au final je n’ai pas eu à l’utiliser, le niveau sonore et d’attention était très confortable : les enfants ne parlaient pas sans lever la main, chuchotaient entre eux, respectaient les nouvelles règles sans problème.
La deuxième classe m’a dès le départ donné des indices que l’ambiance allait être différente : on parle sans lever la main, les règles doivent être répétées, mais les échanges sont riches, vivants, et on s’exprime plus librement. C’est complètement ok pour moi qui ne suis dans ce contexte que deux heures, sauf quand j’ai besoin de donner des instructions au groupe entier : dans ce cas, mes outils d’animatrice ont fait le job : la fameuse appli bouncy balls (on a pu tester plusieurs modes…), le petitn jeu d’imitation « si tu m’entends gratte-toi le nez… » (si vous ne voyez pas, je vous le fais en visio quand vous voulez), ou encore de demander aux élèves de faire les démos à leurs camarades eux-même…
L’utilité de ces outils c’est aussi de garder de l’énergie pour aussi donner de mon temps aux enfants individuellement : l’enfant qui n’a pas son aesh pendant 1 heure, celle qui galère avec l’enchaînement des étapes, celui qui a plutôt envie de détruire ce jour-là, celle qui se décourage.
Ça me permet aussi de garder confiance quand je dois improviser, quand la salle/le.la prof/les élèves/la météo/mon corps n’est pas comme je l’avais prévu, pour que la séance se déroule bien, et, pas du tout accessoirement, que je ne sois pas épuisée à la fin.
Je n’ai pas fini d’apprendre et c’est trop chouette.
Et vous devant un groupe, vous êtes comment ?
Si l’animation fait partie de votre quotidien, quel est votre outil magique, celui que vous adorez sortir avec les grands groupes ?
C’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est chouette que tu arrives à gérer les animations comme ça, c’est pas facile !! Et tes idées pour l’attention sont bonnes !
Bravo! Ils ont de la chance de t’avoir comme animatrice.